Frelons asiatiques : piéger ou ne pas piéger ?

La commune d’Aigondigné incite habituellement au piégeage de printemps des frelons asiatiques, cependant, au sein de la commission environnement, il y a débat.

Une espèce invasive

Le frelon asiatique est une espèce dite « invasive », arrivée d’Asie en 2004. Elle a progressivement colonisé le territoire français grâce à une forte résilience, une bonne capacité de reproduction (un nid donnera de 2 à 4 nids l’année suivante), ainsi qu’une faible prédation. Seule la bondrée apivore, rapace diurne, peut être considérée comme un prédateur du frelon capable de détruire un nid entier. Or cette dernière est une espèce rare, qui subit aujourd’hui les dégradations de son habitat, et qui ne s’attaquerait guère à plus d’un nid au cours de son existence. Il ne faudra donc malheureusement pas compter sur elle pour limiter l’expansion du frelon asiatique. 

Des conséquences pour les abeilles

Une espèce invasive est susceptible de créer des déséquilibres de prédation et de concurrence (nourriture, territoire…) au détriment d’autres espèces locales.

En effet, le frelon asiatique a un régime alimentaire généraliste et opportuniste. Il se nourrit en premier lieu d’espèces qu’il trouvera facilement et en grand nombre dans son périmètre. Ainsi son alimentation se compose sur des territoires comme Aigondigné d’environ 1/3 d’abeilles, 1/3 de mouches, et 1/3 de guêpes et autres hyménoptères… Sur des territoires urbains en revanche, les abeilles constituent plus des 2/3 de son alimentation. 

Les ruches sont ainsi victimes d’une prédation directe par le frelon. Mais c’est surtout la présence insistante des frelons devant les ruches, parfois en grand nombre (20/25 individus) qui cause les plus grands dommages :  les abeilles, pour protéger la ruche, cessent leurs allers-retours à une période où elles devraient constituer leurs réserves d’hiver, ce qui fragilise, voir condamne la ruche à terme.

Ainsi le frelon asiatique vient s’ajouter à la longue liste des menaces qui pèsent sur ces pollinisatrices indispensables : varroa, parasites, traitement phytosanitaire, dérèglement climatique, raréfaction des habitats… 

Une stratégie de lutte ?

Depuis 2012, le frelon a fait l’objet de différentes réglementations : classement en danger sanitaire de 2ème catégorie en 2012, classement sur la liste des espèces exotiques envahissante en 2016, inscription au code de l’environnement…

Mais en 2013, le constat a été fait notamment par le ministère de l’agriculture qu’il n’y avait aucune stratégie collective de prévention, surveillance et de lutte reconnue comme efficace. Aussi la stratégie a été axée sur le subventionnement de la recherche, et aucune obligation n’a alors été édictée, seulement des recommandations, dans une note de service coécrite par un groupe de travail réunissant administration publique, représentant apicole et scientifique : 

  • Éviter le piégeage préventif et printanier (effets sur d’autres espèces, efficacité non prouvée),
  • Piéger uniquement au niveau des ruchers, du mois de juin à la fin de la période de prédation (généralement octobre-novembre),
  • Détruire les nids le plus tôt possible, du printemps à la mi-novembre

Mais c’est finalement aux syndicats apicoles qu’est revenue l’organisation des moyens de lutte contre le frelon asiatique, et cela sans financement de l’État. On comprendra alors aisément que dans un contexte d’attente de recherche, et de désengagement de l’État, des initiatives locales d’incitation au piégeage se soient multipliées, afin d’apporter une réponse concrète aux apiculteurs.

A noter qu’en Deux-Sèvres, la préfecture a confié à l’association agréée FDGDON, la coordination de la lutte contre le frelon asiatique.

Le piégeage, efficace ou pas ?

Dans l’état actuel des connaissances scientifiques, il n’a pas été fait la preuve de son efficacité sur la régulation des populations du frelon asiatique. Des expérimentations sont en cours sur certains territoires, en vue d’une analyse scientifique, initiées notamment par l’ITSAP, institut de l’abeille. Malheureusement, seule une analyse comparative sur un temps long permettra d’affirmer, ou d’infirmer son efficacité, d’autres paramètres devant être considérés, comme les fluctuations naturelles des populations de frelons asiatiques. En effet, des études ont démontré l’effondrement de populations de frelons asiatiques sur des territoires ne pratiquant pas le piégeage, et à contrario, des populations poursuivent leur expansion sur des territoires effectuant du piégeage. Décidément, rien n’est simple.

Cette analyse de l’inefficacité du piégeage n’est pas partagée par les réseaux d’apiculteurs qui évaluent de façon empirique (par l’observation de terrain) une incidence positive du piégeage. En 2020, l’UNAF communiquait ainsi sur l’efficacité du piégeage notamment en Morbihan et en Espagne et dénonçait le désengagement de l’État sur cette question pour des raisons économiques.

En 2019, les apiculteurs réunis dans l’association L’Abeille des Deux-Sèvres ont constaté une baisse de 76 nids à 18 en 3 ans.

En quoi le piégeage de printemps peut-il poser problème ?

Les études scientifiques ont démontré que le piégeage de printemps, c’est-à-dire à la période où l’ensemble des insectes entrent en activité, avait une incidence sur les autres espèces d’insectes.

Dans un piège à bière non sélectif, on estime à 0,55% le taux de sélectivité du frelon asiatique. En une semaine, il pourrait y avoir jusqu’à 1000 insectes capturés (frelon européen, papillons, mouches…). Dans un piège dit sélectif, le taux de sélectivité passerait à 1%, toutefois le nombre des autres individus capturés en une semaine diminue drastiquement (6 individus moyens/ par semaine), le rendant ainsi bien moins impactant pour les autres espèces.  Mais même lorsqu’un insecte est à même de sortir du piège, les conditions au sein de ce dernier (taux d’humidité, chaleur, épuisement…) auraient un impact sur sa survie à terme ou encore sa reproduction.

L’UNAF rappelle de son côté que le frelon asiatique est un gros prédateur d’insectes, et que l’impact par la capture des pièges sélectifs est largement moindre au regard de la prédation du frelon asiatique lui-même.

Par ailleurs, on sait également que la compétition entre les reines du frelon asiatique est naturellement très forte lors de la fondation d’un nid, et que 90 à 95% des reines sont vouées à ne pas survivre. Les frelons asiatiques usurpent le nid de leurs congénères. Ce même phénomène s’observe également chez la guêpe, où l’on estime qu’il y aurait en moyenne 12 changements de fondatrice au sein d’un même nid. Ainsi, lorsque l’on prélève une reine de frelon asiatique, on réduit le taux d’usurpation des nids, et on laisse la place à une autre reine, voire on la favorise en réduisant l’affaiblissement naturel des colonies.

Les syndicats apicoles estiment quant à eux qu’en piégeant une reine fondatrice, on évite alors l’installation d’une colonie, soit environ 1000 individus de frelon asiatique, susceptibles de porter gravement atteinte aux populations d’abeilles.

Faut-il piéger alors ?

Le muséum d’histoire naturelle national, l’Office pour la protection des insectes ou encore France Nature Environnement déconseille un piégeage systématique jugé peu efficace en l’attente de résultats de recherche. Le piégeage ne doit être réservé selon eux qu’en cas de présence avérée du frelon asiatique, ou pour protéger les populations. La préfecture des Deux-Sèvres indique quant à elle qu’il est possible de poser des pièges sélectifs toute l’année. La FDGDON en charge de la coordination de la lutte en Deux-Sèvres souligne le piégeage comme une solution prometteuse dans un article du courrier de l’ouest de 2019. Les syndicats apicoles jugent nécessaire, voire urgent de piéger pour réduire les conséquences néfastes sur la population d’abeilles.

Cette question ne fait donc pas l’unanimité, bien que chacun juge délétère l’expansion du frelon asiatique.  Au sein de la commission environnement de la commune d’Aigondigné, il y a également débat !! Mais l’on s’accorde toutefois sur la nécessité, à ce que si piégeage, celui-ci soit le plus sélectifs possible.

Comment faire un piège sélectif ?

Le piégeage sélectif (fait maison ou acheté) est constitué d’un récipient, d’un appât attractif pour le frelon asiatique mais répulsif pour les autres insectes, d’une entrée haute permettant le passage du frelon asiatique et d’autres insectes, et d’une sortie basse permettant aux autres espèces de ressortir.

Poser un piège, signifie également le vérifier. Si aucun frelon asiatique n’est capturé, alors il faudra très probablement revoir l’appât et/ou l’emplacement. Il faut également penser à libérer les autres insectes piégés, et surtout ne pas utiliser d’appâts empoisonnés car cela impacterait d’autres insectes.

Et sinon, quels autres moyens de lutte ?

La destruction des nids

La destruction des nids est une méthode de lutte unanimement reconnue comme efficace, mais faut-il encore trouver les nids. La FREDON Rhône Alpes a élaboré un protocole pour essayer de localiser des nids de frelons à partir des sites de ressources de nourriture et des trajectoires de vol. Cela n’est toutefois pas aisé. L’UNAF propose également une fiche pour réaliser une localisation par appâtage pour les apiculteurs.

Cette méthode d’observation participative a fait ses preuves à Majorque en Espagne, premier territoire à avoir éradiquer le frelon asiatique grâce aux signalements des habitants via une application mobile. Les frelons asiatiques signalés ont permis de localiser plus précisément les nids par des techniciens, puis grâce à la pose d’appâts et l’observation de trajectoires de vol, il a été possible de retrouver les nids (souvent cachés) et éradiquer définitivement le frelon asiatique de ce territoire. L’insularité de Majorque, ainsi que des conditions climatiques moins favorables au frelon asiatique ont contribué à ce succès.

A Aigondigné, nous pouvons donc tous ouvrir l’œil et signaler à la mairie toute découverte de nid de frelon asiatique. La commune prend alors en charge la destruction et le coût lié à sa destruction, en partenariat avec la FDGDON.

A noter qu’en cas de découverte d’un nid de frelon asiatique, il est interdit de le détruire au fusil en dehors du cadre expérimental. La destruction d’un nid doit idéalement se faire au lever ou au coucher du soleil, lorsque les individus sont à l’intérieur, sous peine de voir la colonie se réinstaller à proximité. Aujourd’hui, cette destruction peut se faire sans impact sur l’environnement, par une méthode d’empaquetage du nid, après en avoir bouché l’entrée (matériel de protection obligatoire). Des techniques de destruction par vapeur chaude sont également à l’étude. En cas de destruction du nid par insecticide, il convient de retirer le nid, sous peine que les larves restantes ne soient prédatées par d’autres animaux susceptibles d’être à leur tour intoxiqués.

La protection des ruches

Afin de réduire la prédation et le stress occasionné aux abeilles par les frelons asiatiques, des systèmes de muselières grillagées peuvent être utilisés à l’entrée des ruches. D’autres solutions existent, certaines plus efficaces que d’autres comme la harpe électrique, l’installation de poules…. Les apiculteurs font preuve de beaucoup d’ingéniosité pour réaliser des systèmes de protection de plus en plus efficaces, parfois couplés à des pièges sélectifs.

Les recherches en cours

Différentes pistes ont été étudiées par les chercheurs mais finalement peu concluantes :  plantes carnivores, vers nématodes, mouche parasitaire… ces solutions n’en seront pas.

Toutefois, des études récentes concernant l’empreinte chimique du frelon sont en cours et constituent une piste de recherche très prometteuse. Les insectes communiquent par voie chimique, et les chercheurs ont déterminé des molécules susceptibles tout à la fois de les repousser ou de les attirer. Cela permettrait l’élaboration de barrières chimiques autour des ruchers, ou encore améliorer l’efficacité de pièges sélectifs.

La résilience ?

Il est globalement admis, qu’on ne pourra pas éradiquer définitivement le frelon asiatique de notre territoire, mais qu’on peut aller vers une situation d’équilibre ou le frelon asiatique ne sera plus un problème. Notre environnement, et la biodiversité qui la compose, n’est pas un système figé. Certaines espèces sont susceptibles de modifier certains comportements de prédation ou élaborer de nouvelles stratégies de défenses. Ainsi les abeilles asiatiques, différentes de nos souches européennes, ont élaboré des stratégies de défenses contre le frelon asiatique. Peut-être que nos abeilles européennes adopteront un comportement similaire à terme ?

Néanmoins, si l’on veut donner le maximum de chance à notre biodiversité de faire face, il nous revient de préserver les écosystèmes, la diversité génétique, les habitats aujourd’hui grandement fragilisés.

Sources :

http://frelonasiatique.mnhn.fr/

Organisation de la lutte / Organisation de la lutte contre le Frelon asiatique en Deux Sèvres / Environnement, eau, risques naturels et technologiques / Politiques publiques / Accueil – Les services de l’État dans les Deux-Sèvres

https://www.lanouvellerepublique.fr/niort/frelon-asiatique-a-vos-pieges-prets-appatez

Le Frelon Asiatique (Vespa velutina) Comment rechercher les nids ?

UNAF – Frelon asiatique

Présentation du Plan National Lutte Frelon Asiatique

Frelon asiatique : évaluation de l’efficacité du piégeage de printemps

Une solution contre le frelon asiatique ? Des chercheurs ont enfin trouvé “comment lui parler”

Communiqué de presse de l’OPIE